Sunrise contre les Bolovens

Ce matin, œufs au plat et café glacé. Nous apprécions les derniers instants qui nous restent à Don Det avant de partir. Mr Phao me demande un coup de main : il faut bouger une pirogue retournée d’un champs à l’autre. L’embarcation vient d’être enduite de goudron et les poules de la guest house se posent dessus, abimant le nouveau revêtement au passage. Je retourne au bungalow et charge les sacs sur la moto. Au moment de dire au revoir, Phieng nous donne un bracelet porte bonheur. Quand Mr Phao nous voit partir, il insiste pour nous en attacher deux autres, nous disant au passage : « When you are 3, you come back ». Nous comprenons qu’il nous dit de revenir quand nous aurons un enfant, c’est drôle ! Il nous propose aussi de laisser la moto chez lui avant de quitter l’Asie, pour que nous puissions la retrouver à notre retour.

Les adieux terminés, direction le port pour prendre la navette et rejoindre le continent. Nous sommes un peu triste de quitter cet endroit qui nous a apprivoisés en l’espace de quelques jours … Nous nous consolons en pensant à ce qui nous attend : le plateau des Bolovens. L’endroit est connu pour son café et ses magnifiques cascades. De nombreux voyageurs en font le tour à moto. En chemin pour Paksong, notre première ville étape, nous nous arrêtons à Tad Fan, une cascade double qui bataillerait pour le titre de la plus haute chute d’eau du Laos.

Une belle cascade pour commencer !

Nous y mangeons en admirant la vue et goûtons au café des Bolovens. Un petit singe joue avec un chat, l’attrape, lui grimpe dessus : le pauvre félin est malmené ! Quand l’un des propriétaires du lieu attrape et caresse le primate, nous comprenons qu’il est apprivoisé. Lorsqu’il s’approche, nous lui offrons un concombre et une feuille de salade, qu’il attrape sans crainte de notre main avant de l’avaler aussi sec. Nous descendons ensuite au belvédère admirer la cascade. En remontant, je vois le singe sur un banc, je m’assieds à côté de lui et tente une caresse sur la tête. Quelques secondes plus tard, il grimpe sur mes genoux, agrippe mon bras, et se tourne vers moi. Après quelques minutes, il commence à s’endormir !

Je le dépose et nous repartons en direction de Paksong où nous devons chercher une auberge. Nous nous arrêtons à Savannah guest house, dont la propriétaire, ayant vécu à Bordeaux pendant de nombreuses années, parle un Français parfait. Nous discutons une quinzaine de minutes de ses fils vivant en France et lui racontons le début de notre voyage.
Nous partons ensuite changer l’huile avant d’aller au restaurant. Les boulettes de poisson et le poulet trop pimenté ne sont pas au goût de Rébecca qui attend patiemment que je termine mon assiette en rêvant de son riz sauté. Pendant le repas, nous voyons un autre singe domestique, plus petit et… Habillé ! Il se déplace librement dans l’établissement, allant sentir les gamelles sur le feu ou réclamer l’attention des enfants devant la télévision.

Mon repas fini, nous partons à la recherche d’un autre restaurant. Nous en trouvons un dans lequel Rébecca goûte pour la première fois un riz frit au porc : validé ! Je prends une bière et en profite pour « trinquer » avec Sunrise, notre moto, afin de célébrer son baptême. En effet, après plus de 2000 Kilomètres et de nombreuses galères, nous nous attachons à notre nouvel animal de compagnie et avons donc décidé de lui donner un nom.

Le lendemain matin, nous nous levons de bonne heure afin de profiter des cascades avant l’arrivée des foules. Nous rejoignons Tad Tayiscua par un chemin inégal, croisant sur la route des locaux partant travailler aux plantations de café, entassés dans de petites camionnettes. Le propriétaire de la guest house s’étonne de voir des visiteurs aussi tôt ! Il nous explique comment rejoindre les 7 cascades en nous montrant la carte dessinée à la main sur un panneau. Nous partons à l’aventure, accompagnés de deux chiens nous ouvrant la route. Malgré les nombreuses explications et une photo de la carte, nous empruntons le mauvais chemin et descendons une bonne demie heure dans un sentier plus raide que le GR du pic de Bure ! Une fois en bas, c’est la déception : pas de cascade. Même si l’endroit est beau, nous ne sommes pas très enjoués à l’idée de devoir remonter tout ce sentier …

Une heure plus tard, nous arrivons à la fin de l’épreuve et décidons de faire une pause en buvant un coca. Nous essayons de comprendre quel chemin nous avons pris, et hésitons à partir sans avoir vu les cascades. Nous prenons un peu sur nous et retournons nous balader malgré notre manque d’énergie. Cette fois-ci, pas d’erreur ! Nous trouvons la fameuse cascade devant laquelle on peut voir un arc-en-ciel à tout moment de la journée : ça valait le coup !

Belle récompense, non ?

Nous en profitons pour aller en voir deux autres, qui nous paraissent un peu fades, en comparaison à la précédente.

Au moment de partir, nous croisons pas moins d’une dizaine de touristes arrivant à peine. Nous nous félicitons d’avoir pu nous balader tranquille. Prochaine étape : la cascade Tad Houa Krone.

Vue sur le plateau Bolovens

La route devient de plus en plus dangereuse et sinueuse. À un moment, plus de route : il faut passer dans des creux de plus de 50 centimètres. Un peu plus loin, la moitié de la route s’est effondrée.

La nature reprend ses droits

Avant d’arriver à notre étape, nous croisons des locaux au comportement étrange : ils sont au bord de la route, un bâton dans la main. Nous avions justement entendu parler la veille de laotiens mettant des bâtons dans les roues – littéralement – des touristes sur cette portion de la boucle. Ne tenant pas à vérifier la véracité des rumeurs, je fais un écart pour éviter le potentiel accident. Avant d’arriver à la cascade, nous nous arrêtons dans un restaurant local. Comme souvent, les cuisinières ne nous comprennent pas, malgré nos tentatives de parler Laotien. Nous indiquons donc un paquet de nouilles et un œuf. Pour 12 000 kips -1,2€- nous mangeons comme des rois. Une cascade plus tard, nous repartons en direction de Tad Lo, où nous comptons rester deux nuits. En chemin, un enfant nous attaque avec son lance-pierre. Nous sommes un peu choqués du comportement des locaux à notre égard, n’ayant encore jamais remarqué d’hostilité avant aujourd’hui. Nous roulons de plus belle, jusqu’à ce qu’un bruit bizarre se fasse entendre. Nous nous arrêtons immédiatement et constatons qu’une sangle de sac s’est enroulée autour de l’axe de la roue arrière, pincée entre la chaîne et le pignon. Impossible de la décoincer, j’entreprends alors de la couper avec mon fidèle couteau suisse. J’entends encore mon père dire : « Alban, il faut toujours avoir un couteau sur soi ! ». Un local vient nous voir et nous demande si nous avons besoin d’aide. Je lui montre le problème et lui fait comprendre que je gère la situation. Il me regarde faire avec amusement et nous propose de l’eau, que nous refusons poliment. En revanche, je lui demande si nous pouvons nous laver les mains. Quelques kilomètres avant notre arrivée, nous faisons une dernière pause dans un village. Les enfants nous regardent avec intensité, sans oser nous approcher. Lorsqu’un adulte vient nous parler, ils accourent aussitôt et commencent à rigoler. L’homme parti, ils s’éloignent à nouveau. C’est au tour d’une grand-mère de venir discuter, provoquant la même réaction chez les enfants, qui nous entourent en riant.

Arrivée à Tad Lo. Nous demandons une chambre à Fandee Family Guesthouse, mais les bungalows sont tous occupés. L’employée nous indique alors les cabanes au fond du jardin, beaucoup plus rustiques. Elle nous fait visiter, nous montre les sanitaires situés dans la maison familiale. Ce n’est pas glorieux, mais le tarif est seulement de 30 000 kips, le moins cher qu’on ait trouvé à ce jour. Nous acceptons et allons consulter la carte de Fandee Family. Au menu, vache qui rit, bleu et camembert ! Ça tombe bien, c’est précisément la raison de notre venue. Nous prenons un sandwich et des œufs cocottes au camembert : nos papilles et notre estomac sont heureux de retrouver ces saveurs bien Françaises.

Nous sommes rejoints par les anglais rencontrés à Don Det et passons une agréable soirée à discuter.

Le lendemain matin, nous attendons qu’un bungalow se libère pour profiter d’une douche chaude – et propre – avant d’aller visiter la plantation de café de Mr Vieng. L’homme, très sympathique et extrêmement drôle, nous explique la fabrication du café, de la fleur à la fève torréfiée, en passant par les différentes étapes.

Mr Vieng nous montre comment séparer les fèves de l’écorce

Nous goûtons le café torréfié à pleines dents avant de nous aventurer dans l’exploitation. Un peu plus tard, nous mangeons l’extérieur de la fève mûre, une peau rougeâtre au goût sucré. Il nous montre tout ce qu’il fait pousser : quatre variétés de caféiers, tapioca, piments et même… Cannabis !

Dans les caféiers, il nous montre des feuilles repliées sur elles-mêmes et nous explique qu’il s’agit de fourmilières. Il prend un bâton et le lance de toutes ses forces contre le nid, qui tombe inévitablement, répandant des milliers de fourmis rouges, visiblement mécontentes de cette agression. Alors que nous nous écartons pour éviter les piqûres – sans succès – il met le feu aux feuilles pour exterminer les ennemis de ses précieux arbres.

Fourmis : à l’attaque !

Trois minutes et une vingtaine de piqûres plus tard, il ramasse une poignée de fourmis « cuites » et nous les fait sentir avant de nous proposer de les manger. Nous serons seulement deux à goûter à ces insectes au goût de citron.

Mon premier insecte !

A la fin de la visite, nous prenons un café et Mr Vieng me donne des fleurs de café séchées en m’expliquant que c’est relaxant quand on les fume. De retour à l’auberge, j’essaie avec les anglais et un couple de hollandais. C’est effectivement relaxant, sans pour autant altérer les sens. En revanche, ce n’est pas bon du tout !

Pendant que Rébecca fait des recherches sur notre itinéraire du lendemain, je discute avec le Français qui a créé Fandee Family : Loïc. Ce Lillois d’origine, tombé amoureux du village et de ses habitants en 2009, a décidé de créer un endroit où il pourrait faire bénéficier le village de cours d’anglais et du contact avec les étrangers. Il vit à Tad Lo depuis 2012 et a déjà un nouveau projet en tête : un nouvel établissement sur une île proche de Tad Lo, où il accueillera les enfants du village, leur apprendra l’anglais et les métiers de l’hôtellerie, dans l’objectif de leur laisser la direction d’ici 25 ans. Pendant près de trois heures, nous discutons politique et philosophie en partageant bière et saucisson.

Le lendemain, départ prévu de bonne heure pour Savannakhet, à quelques 250 kilomètres de là.

3 Replies to “Sunrise contre les Bolovens”

  1. incroyable voyage . que dire des liaisons internet dans ces coins reculés , extra , vous auriez plus
    de problèmes en France….n’oubliez pas de ramener un singe..

  2. Moi j’aurais peur d’attraper des poux avec ces singes ;
    Tu es courageux d’avoir goûter les insectes mais tu as raison ; Il faut être curieux .
    Boivent ils du café?

    1. Si tu parles des singes, je ne crois pas 😂 Sinon les locaux boivent du café !

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