Preah Vihear et Stung Treng – Balade en dehors des sentiers touristiques

Après un lever à 6h, nous montons sur la moto et … Le pneu arrière est encore crevé ! Direction le mécanicien afin de changer la chambre à air, pour la quatrième fois. Je lui demande de changer le pneu mais il refuse, me montrant qu’il n’y a pas d’objet saillant à l’intérieur en l’inspectant du bout des doigts.

8h du matin : départ ! Tant pis pour rouler à la fraîche, mais nous avons peu de route jusqu’à notre ville étape. Après une demie-heure d’embouteillages pour sortir de Siem Reap, nous avalons rapidement 140 des 170 kilomètres nous séparant de Preah Vihear. Nous nous arrêtons trois kilomètres après Kulen pour une pause bien méritée. Une femme sort de son habitation en bord de route et commence à nous parler en khmer. Un jeune homme se joint à elle, traversant la route, nous regardant avec des yeux ahuris. En quelques minutes, ils sont une dizaine autour de nous, essayant chacun de nous dire quelque chose en Khmer. La vielle dame tente de nous apprendre les chiffres, mais ce ne sera pas concluant ! Au bout d’une demie heure d’incompréhension totale, de gestes étranges et de fous rires collectifs, nous leur faisons comprendre – non sans difficulté – que nous allons partir. J’essaie de démarrer la moto, pas moyen : démarreur électrique et kickstart ne peuvent rien pour nous. Deux des Khmers encore présents me poussent pour tenter de la démarrer. J’avais justement pratiqué la méthode le matin même, sur les conseils avisés de mon motard de père. Mais, rien à faire, la moto ne démarre pas. Nous entamons donc les 3 kilomètres nous séparant de Kulen en poussant l’engin. Par chance, deux Californiens perchés sur des Honda Win 100 nous doublent, font demi tour et nous proposent leur aide. Rébecca monte avec la jeune femme tandis que l’ homme d’une trentaine d’années propose de me pousser avec son pied. C’est un peu dangereux, mais tellement bienvenu que j’accepte sans hésiter. Nous voilà donc à 30 km/h, la moto en roue libre poussée par sa jambe tendue. Nous dépassons même un de ces véhicules typiques d’Asie : un moteur relié à un gigantesque guidon, tractant une large structure en bois.

Vitesse max : 20km/h

Arrivée au garage. Les Californiens reprennent leur chemin tandis que le mécanicien commence à vérifier la bougie et la batterie, tout est OK mais ça ne démarre pas ! Il nous fait signe d’aller chez un autre garagiste, à quelques dizaines de mètres. Nouveau mécano, nouveau diagnostic : il effectue les mêmes tests que son collègue mais repère un problème sur l’alternateur. Pendant qu’il part chercher la pièce, nous assistons à un drôle de spectacle. Un camion d’une marque d’huile de moteur s’est arrêté et la femme du garagiste est en train de compter les couvercles de pots, conservés minutieusement dans un carton. Je suppose que les mécaniciens paient l’huile utilisée plutôt que d’acheter du stock. En réalité, nous expliquera le conducteur du camion, dans un Français impeccable, les garages paient 50% à la livraison et 50% après l’utilisation. Nous discutons un peu avec lui et il s’ouvre sur sa vie passée : il a vécu 14 ans en France, ayant fuit le Cambodge à cause des Khmers rouges. Sa famille y vit toujours actuellement. Il nous explique ensuite comment, après avoir perdu ses papiers, la mairie lui avait gentiment dit qu’il ne pouvait pas en avoir de nouveaux, et qu’il fallait partir. Impossible de se faire envoyer des papiers du Cambodge. Il rentre donc au pays, sans avoir le droit de revenir en France. Il a aujourd’hui une femme et deux enfants, et vit avec $300 par mois alors qu’il travaillait dans une université en France. Nous voyant peinés, l’homme montre quand même un peu d’espoir et nous dit apprécier sa vie au Cambodge, qu’il ne pourrait quitter qu’en laissant sa femme et ses enfants au pays : le choix est vite fait.
Une fois la réparation effectuée, la moto démarre au quart de tour. Nous parcourons les quelques dizaines de kilomètres restantes et arrivons à proximité de Preah Vihear lorsqu’un cliquetis étrange se fait entendre
Je me dis alors que notre prochaine visite au garage ne va pas tarder …
« On verra bien demain ! »
Nous mangeons à côté de la guest house dans un grand hangar où nous choisissons notre plat en soulevant le couvercle d’une douzaine de casseroles. Nous essayons ce que nous pensons être des nouilles au poulet, option la plus sûre parmi un festival de mets inconnus. Il s’avère que ce plat est en fait du poulet au gingembre, ou plutôt du gingembre au poulet. Les racines sont coupées en longs morceaux très fins, faisant penser à des nouilles.

Nous visitons ensuite un peu la ville, très peu touristique et pas vraiment à notre goût. Nous sortons alors dans des chemins pour nous balader dans la nature.

Au retour, nous cherchons un endroit où manger. Nous nous arrêtons dans un grand restaurant, contents de changer des chaises en plastique et des tables en métal. Nous commandons du porc sauvage sauté sans connaître le prix : 25 000 riels ,soit plus de 6 dollars, environ 4 fois notre budget normal ! Nous regrettons amèrement notre décision quand nous découvrons un plat composé en grande partie de couenne, c’est difficile à manger et ce n’est pas très bon ! Nous voyons le côté positif en nous disant qu’il faut bien que ce genre d’erreurs doivent bien arriver de temps à autres.

Le lendemain matin, la moto démarre difficilement, elle fait toujours un bruit étrange et accélère par à-coups. Nous nous rendons chez un garagiste avant de quitter la ville. Pendant qu’il démonte à nouveau la magnéto, Rébecca goûte au thé glacé en sachet plastique – format 1,5L pour 50 cents- en guise de petit-déjeuner.

Un thé à la locale

30 minutes plus tard, départ pour Stung Treng, sachet de thé à la main. Entre les accélérations, le vent et le petit trou dans le sachet plastique, Rébecca est trempée en moins de deux.

Nous atterrissons à l’auberge quelques heures plus tard pour déposer nos sacs avant de découvrir la ville. Nos hôtes sont très sympathiques mais ne parlent pas anglais. Nous comprendrons plus tard qu’il s’agit d’une guesthouse pour Khmers, pas vraiment destinée aux touristes.

Découverte de Central Park – une platebande de 5 mètres de large sur 300 mètres de long où paissent les vaches au milieu des scooters filant sur les avenues principales. Nous nous arrêtons manger un riz frit dans un restaurant de rue et repartons à l’auberge nous reposer un peu.

17h, le soleil entame sa longue chorégraphie colorée avant de se coucher. Nous partons alors nous balader dans les chemins avec pour objectif un petit lac à quelques kilomètres de là. Nous arrivons à destination. Au loin, un pêcheur tire ses filets hors de l’eau alors que des enfants se baignent au bord du lac.

#nofilter

Pendant que Rébecca immortalise les enfants jouant dans l’eau en fond de coucher de soleil, j’entends un porc beugler à quelques mètres de nous. Je vais voir ce qu’il se passe et découvre un éleveur avec ses deux fils en train de charger deux énormes cochons dans une minuscule cage en métal. Je leur demande si je peux les regarder travailler, ils acceptent et m’expliquent avec des gestes qu’ils vont vendre leurs porcs en ville. Une fois dans la cage, ils les marquent et leur accrochent une plaque d’identification à l’oreille. Il faut ensuite charger les animaux sur une petite remorque. Je mets un peu la main à la patte et deux minutes plus tard les voilà partis à trois sur un scooter, tractant les deux cochons derrière eux.

Nous continuons notre promenade jusqu’au Mékong avant d’aller manger en ville à la nuit tombée. Nous trouvons un restaurant comme nous n’en avions encore jamais essayé : une salle pour les clients, le chef sur le trottoir, cuisinant un plat unique dans une très grande poêle. Nous goûterons avec délice ses nouilles sautées – pour 50 cents chacun- avant de rentrer nous coucher.

Comme il n’y a pas grande activité touristique à Stung Treng, nous parsemons notre journée de farniente d’une réparation de chambre à air, de quelques courses en villes et d’une courte balade à la recherche d’un temple que nous ne trouverons pas.

Pose d’une rustine avec une pièce de machine à café

Le soir, au moment de partir manger, nous revenons à notre éternel problème : le pneu est à plat. C’est décidé, nous changerons le pneu tout entier ! Malheureusement, la nuit est tombée, et les garages sont donc fermés. Notre hôte nous prête son scooter pour aller manger en ville, tout en nous expliquant que le garage voisin ouvre à 6 heures. Nous retournons au restaurant de la veille, le menu n’a pas changé !

Lever à 5h30 pour être prêts à l’ouverture du garage. À partir de 6 heures, nous allons vérifier toutes les dix minutes s’il est ouvert. À 7h30, toujours aucun signe de vie du garagiste, il ne répond même pas au téléphone. Nous nous rendons donc dans un garage voisin ouvrant à 8 heures. Il accepte de changer le pneu et nous donne le prix : $20. Je lui explique que nous n’avons pas assez sur nous et il me prête son scooter pour aller retirer en ville. J’en profite pour nous prendre un café et un thé glacé. Une fois l’affaire réglée, nous partons pour la frontière du Laos, à moins de 100km de là.

3 Replies to “Preah Vihear et Stung Treng – Balade en dehors des sentiers touristiques”

  1. moto je t’aime… pour un voyage c’est un voyage… la marche à pied se rapproche..

    1. Plus de problème depuis 1 semaine, on croise les doigts !

  2. Vraiment les couchers de soleil sont sublimes .
    Je suis contente que vous ayez changer tout le pneu ;;;;;;

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